Au momment du déclenchement de la bataille la région fortifiée de Verdun compte un total de 22 forts, mais ceux-ci ont été presque tous dépouillés de leurs canons. La raison réside dans le manque de pièces d'artillerie française, l'industrie n'arrive pas à compenser les pertes subies depuis 1914. Le haut-Commandement français est persuadé que ces fortifications sont vouées à la destruction et ne croit plus en leur efficacité. La défense du secteur est assuré par le 30e corps d'armée, qui possède 3 divisions d'infanterie, les 72e, 14e et 51e , deux autres supplémentaires , quatorze bataillons ainsi que 270 pièces d'artillerie sont placé en réserve à l'arrière.

  Le général allemand von Falkenhayn décide de passer à l'offensive dans ce secteur il est persuadé que les Français ne pourront pas résister longtemps et demanderont bientôt grace.. Il compte bien profiter de son avantage en artillerie lourde en appliquant la technique du " Trommelfeuer" consistant en une préparation d'artillerie dite en "roulement de tambour" qui nivélera le terrain à conquérir. Pour celà les Allemands amassent face à la ville près de 1 225 pièces de tous calibres, dont 542 obusiers lourds. On peut en moyenne trouver un mortier rapide de 210mm tous les 150 mètres, 13 canons Krupp de 420mm, 17 obusiers Skoda de 305mm, 2 pièces de marine de 380mm, et un total de 2 500 000 obus. L'infanterie se compose de 72 bataillons placés dans des abris enterrés. Sur les 22 divisions prévues pour l'engagement 10 participeront à la bataille proprement dite, les dix autres seront réservées pour une autre bataille le cas échéant dans un secteur dégarni en conséquence. Bien évidemment les préparatifs ne peuvent pas échapper aux Français qui ne manquent pas d'en informer le Haut-Commandemment. Depuis la mi-janvier la préparation allemande d'une attaque de grande ampleur est confirmé par le 2e bureau des services de renseignements, par les reconnaissances aériennes qui font des photos inquiètantes et par les déclarations des déserteurs d'Alsace et de Lorraine, cependant le général Joseph Joffre fait la sourde oreille. Les Allemands passent à l'action le lundi 21 février à 7 heures du matin.
 
  Le front de quelques kilomètres s'embrase quand les obusiers allemands déclenchent leur préparation d'artillerie. Le bruit sera entendu jusque dans les Vosges à 150 kilomètres de là. Toutes le 3 secondes un obus lourd tombe sur les positions françaises, pendant deux jours un total de deux millions d'obus seront ainsi utilisés par les Allemands. A 16 heures 60 000 fantassins allemands surgissent sur un front de 6 kilomètres au bois des Caures, croyant y trouver des poilus français à l'agonie et désorganisés. L'infanterie allemande effectue une progression limitée, aménageant rapidement le terrain pour recevoir les pièces d'artillerie. De ce fait lorsque ces obusiers sont de nouveaux opérationnels la portée de tir augmente et menace directement  les liaisons françaises entre  l'arrière et le front. Les troupes françaises sont écrasées sous un déluge de feu, dans le bois de Caures, le lieutenant-colonel Emile Driant commandant le 59e bataillon de chasseurs à pied est tué avec 1 120 de ses hommes, il n'y eut que 110 rescapés des 56e et 59e BCP. Sur le reste du secteur les défenses sont laminées, disloquées et écrasées en quelques heures. Les massifs forestiers disparaissent, laissant la place à un paysage lunaire. Les bois de Haumont, des Caures et de Herbevois sont déchiqutés, hachés, nivelés, tandis que derrière le feu roulant, le 18e régiment hessois et le 3e bandebourgeois avancent lentement.
  Le fort de Douaumont défendu par une soixantaine de territoriaux tombe, il est capturé par le 24e régiment brandebourgeois dans la soirée du 25 février 1916. Cette capture ne manquant pas de faire la une de la presse allemande, tandis qu'en France se sera la consternation. En occupant l'édifice, les Allemands ne se trouvent plus qu'à cinq kilomètres de la ville, le fort devient donc le point central de la défense allemande sur la rive droite de la Meuse. Cependant la progression ennemie est très lente, le terrain étant très accidenté et dangereux, bien souvent les attaquant avancent en colonnes pour pouvoir éviter les obstacles. De leurs côtés les Français ne restent pas passifs et dans certains secteurs des hommes surgissent des abris, bien souvent sans officiers pour les commander et commencent à riposter avec les armes qu'ils ont à leur portée. Les soldats français en piteux état sont bien décidés à arrêter la marée déferlante allemande, dans divers secteurs l'avance ennemie est fortement ralenti.
  La défense  française s'organise à la hâte, les 270 pièces d'artillerie répondent coup pour coup, deux divisions jusque-là placées en réserve arrivent en renfort le 24 février sur ce qui reste du front et avec les survivants du bombardement parviennent à stopper la progression allemande. Joffre appèle en urgence le général de Castelnau qui reçoit les pleins pouvoirs il doit impérativement éviter une éventuelle rupture des lignes françaises. Avec l'arrêt de la progression allemande, von Falkenhayn n'a pas pu atteindre tous ses objectifs, le terrain très accidenté et la hargne des poilus français semblent avoir eu raison du plan allemand. Le 25 février Joffre envoi la IIe Armée qui était placée en réserve stratégique, commandée par le général Philippe Pétain, à Verdun où Castelnau lui remet le commandement en chef du secteur. Pétain commence par réorganiser la défense qui s'articule sur les deux rives de la Meuse. Une artillerie renforcée couvre les unités en ligne. Les forts sont réarmés pour pouvoir soulager les troupes et impose la technique du "tourniquet", les unités se relaient pour la défense de Verdun, de ce fait en juillet 1916, 70 des 95 divisions ont participé à la la bataille .
  Il faut également penser à la logistique. La seule voie de ravitaillement est une ligne de chemin de fer sinueuse doublée d'une route qui fait sept mètres de large et devenant un bourbier quand il pleut. Pétain va y imposer la circulation d'une noria de camions qui vont imprunter les 56 kilomètres de cette piste jour et nuit. Cette artère est vitale pour la défense de Verdun, il y circule près de 3 000 camions, soit un toutes les quinze secondes, 90 000 hommes et 50 000 tonnes de munitions y sont transportés chaque semaine. Elle va bientôt être connue sous le nom de "Voie Sacrée". Des carrières de calcaire avoisinantes  sont ouvertes et des civils aidés par des territoriaux empièrrent la route en permanance pour faciliter la circulation des camions qui montent ou qui descendent du front font office de rouleau compresseur damant les pierres. Un réglement draconien régit l'utilisation de cette route, les camions roulent pare-choc contre pare-choc de jour comme de nuit et tout véhicule en panne est poussé au fossé. Pétain s'emploi également à la réorganisation de l'artillerie en récupérant les pièces lourdes qu'il concentre sur les points les plus menacés, toutes ces mesures ont un effet bénéfique sur le moral des troupes de Verdun qui voient en Pétain un chef qui les soutient dans l'effort et la souffrance. Pour la première fois du conflit, l'aviation joue un rôle déterminant avec la création des premièrs groupes de chasse, qui recoivent la mission de dégagez le ciel de tous les avions où ballons d'observation allemands. L'envahisseur est donc stoppé net à quatre kilomètres de leurs positions de départ, une avance bien faible au regard aux moyens engagés.
 
  Pendant ce temps-là sous les supplications du Kronzprinz, von Falkenhayn reprend l'offensive sur la rive gauche de la Meuse pour réduire au silence les canons français. Les forces allemandes attaquent autour du Mort-Homme, du côté de la rive gauche du bois des Bourrus, du bois de Cumière et de celui des Corbeaux, puis ensuite sur la rive droite autour du fort de Vaux, de la Côte du Poivre et d'Avocourt. A chaque fois se sont des boucheries pour les deux camps. En ces lieux aussi bien Francais qu'Allemands ces hommes ont fait preuve de tout à la fois de courage, de désespoir, de sacrifice et d'abnégation. Le 6 mars l'artillerie allemande pilonne et attaque le Mort-Homme, mais le feu français les arrête, cette bataille dans la bataille va durer jusqu'au 15 mars 1916. En seulement 10 jours le paysage est transformé en désert et les hommes des deux camps vont y cotoyer la peur, les souffrances et la mort. La boucherie allait se poursuivre encore pendant 10 mois, au rythme soutenu des attaques, pour aboutir à une victoire française le 19 décembre 1916. Les poilus avaient tenus bon avec une seule certitude: << Ils ne passeront pas ! >>.

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Général Philippe Pétain commandant en chef du secteur de Verdun.

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Joseph Jacques Césaire Joffre (1852-1931) artisan de la victoire lors de la bataille de la Marne et de la stabilisation du front nord au début de la guerre, n'à pas voulu admettre les menaces dans le secteur de Verdun. Officier très critiqué et contreversé pour sa stratégie de la guerre à outrance extrêmement couteuse en vies humaines pour des résultats médiocres sur le terrain durant la bataille des frontières et de la Marne, il est nommé Maréchal en 1916, et sera remplacé par le général Robert Nivelle.

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Le général prussien Erich von Falkenhayn (1861-1922), élevé au grade de général en 1912 il devient Ministre de la guerre de Prusse de 1913 à 1915, puis chef de l'etat-major général de septembre 1914 à août 1916, fut un des concepteurs du plan de l'offensive de Verdun. (Bundesarchiv / Public Domain)

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Vue aérienne du fort de Douaumont en 1916. Défendu par une soixantaine de territoriaux il tombe aux mains des Allemands dans la soirée du 25 février 1916. Il sera repris le 24 octobre de la même année par le régiment d'infanterie coloniale, renforcé par des tirailleurs sénégalais et Somalis, du 4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs et du 321e régiment d'infanterie.

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Troupes françaises sur la Voie Sacrée. Cette route reliant Bar-le-Duc à Verdun sera la principale artère pour le ravitaillement des troupes. Un système de noria de véhicules voulu par Pétain est mis en place par le commandant Richard chef du service des routes.

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Tranchée française sur le front de Verdun.

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Artillerie allemande. (Bundesarchiv) 

p40

Des poilus essuient un barrage d'artillerie à Verdun.

p103

Infanterie allemande partant à l'assaut. (Bundesarchiv).

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 Lieutenant-colonel Emile Driant commandant du 59e bataillon de chasseurs à pied, mort au combat avec beaucoup de ses hommes le 22 février 1916 dans le Bois des Caures.

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Alors qu'en France l'âge moyen des soldats étaient de 20 ans, dans l'armée allemande il n'était pas rare d'en trouver des plus jeunes. Ici ce soldat ne semble pas avoir 18 ans. (Bundesarchiv).

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  Une image atroce mais malheureusement banale de la Grande Guerre. Le corps de ce soldat allemand s'est décomposé là où il est tombé. A partir de la Bataille de Verdun il est presque impossible d'enterrer immédiatement les morts, ceux qui tombaient dans le no man's land entre deux tranchées étaient ensevelis par les obus.

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Les restes d'un soldat français, tombé sur côte 304 à Verdun.

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Pendant une accalmie des soldats français se détendent dans leur tranchée.

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Troupes du 87e RI dans une tranchée de la côte 34.

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Servants d'une mitrailleuse allemande dans le secteur de Verdun, équipés du masque à gaz. (Bundesarchiv)